Thursday, February 12, 2015

Wednesday, February 11, 2015

L'écrit ça arrive comme le vent, c'est nu, c'est de l'encre, c'est l'écrit et ça passe comme rien d'autre ne passe dans la vie, rien de plus, sauf elle, la vie.

Marguerite Duras
in Ecrire

Saturday, February 07, 2015

Saturday, January 03, 2015

Wednesday, June 04, 2014

Sunday, May 11, 2014

Talk to me like lovers do (texte de Ann Aroïs)

 
Talk to me like lovers do

Eurythmics « Here comes the rain again »


Le temps était venu de ne plus tricher. De ne plus faire semblant. De faire comme si. De faire comme si le plaisir était là. De laisser aller le silence. Ne plus gémir pour faire jouir l’amant. Ne penser qu’à soi, qu’à son plaisir. Le temps était venu de laisser parler le corps.
Les essais. Avec l’un, avec l’autre.
Rien.
Le vide.
Avec un autre.
Presque ça.

Mais toujours la même fin.
Faire semblant.
Pour l’autre.

Ne jamais parvenir à retrouver les sensations du plaisir seule.

Tous. Ils remplissent un vide.

De mauvais amants ?
Ou une femme incapable de jouir ?

Trop de désir.
Elle déborde de désir de jouissance.
Aucun n’a compris comment faire jouir ses sens.

Ce serait si simple en un sens.
Qu'il fasse semblant
Lui aussi
Faire comme si

Talk to me like lovers do

Caresse moi comme si tu m’aimais
Caresse mon corps comme si tu l’aimais
Fond toi en moi
Aucun ne sait la caresser
Aucun
Aucun ne sait prendre ses seins dans ses mains
Aucun ne sait comment la tenir par les hanches
Aucun ne sait comment l’embrasser
Aucun ne sait comment recommencer à l’embrasser
Aucun ne sait répondre à son désir
Aucun ne sait bander autant que son désir
Aucun ne sait voir si elle jouit
Aucun ne sait être sensuel
Aucun ne sait jouer avec son corps
Aucun ne sait aimer son corps

Aucun ne sait comment elle pourrait jouir.

Wednesday, January 01, 2014

Sunday, November 24, 2013

Thursday, November 14, 2013

Boire sa soif (texte de Ann Aroïs)

-->

« On n’ose guère avouer que l’on voudrait les plaisirs
du vice en récompense de la vertu ».
Alain


« Tout est bon quand il est excessif »
Le Marquis de Sade



Je cherchais l’essence des saveurs.

J’achetais ce qui me semblait être le meilleur chocolat. Je laissais fondre un seul petit carré dans ma bouche. Je voulais sentir le chocolat descendre dans ma gorge. Juste ressentir l’essence du chocolat.

J’achetais ce qui me semblait être le meilleur vin. Un vin qui avait le goût du soleil, un vin qui coulait dans moi comme une caresse.
Juste ressentir l’essence du vin.

J’avais mis longtemps avant de trouver le parfum juste. Celui, qui capiteux, donnerait envie de lécher ma peau. Un parfum rare. Un parfum ambré et voluptueux.

J’avais pensé chaque objet de ma maison. J’avais choisi chaque lumière, chaque tissu, chaque matière.

Je cherchais à faire couler dans ma bouche les seules choses qui auraient un sens pour mes papilles, un goût qui ravirait mon palais. Pour que chaque bouchée soit un pur plaisir des sens.

Il est entré dans ma vie par la voix.
Il a réveillé en moi la corde sensible à la voix. Sa voix était l’essence du désir. Sa voix n’était que sens. Elle éveillait chacun des miens. Elle caressait ma peau, ouvrait les lèvres de mon sexe, faisait couler mon ventre, remontait le long de mon cou jusqu’à mon oreille. Sa voix faisait saliver sa bouche et mouiller mon sexe.

Une maison bourgeoise, une décoration raffinée, une culture certaine, un langage retenu. Un luxe proche de ma conception de l’art de vivre. Il y avait en lui une sensibilité qui faisait écho à la mienne. Mais ce que j’avais aimé par dessus tout c’était sa passion de la jouissance. Un peu plus de cinquante ans, il avait tout réussi de sa vie, et avait tout dévoré du sexe et de ses plaisirs. Il avait laissé aller ses envies, multiplié les expériences. Bien qu’installé dans une vie rangée, il avait su entretenir un jardin secret d’aventures et de maîtresses.
Il aimait passionnément la musique comme il aimait passionnément le vice. Le vice baignait sa façon de jouir, berçait ses fantasmes.

Il disait le mot « vice » et dans sa bouche, le vice sonnait comme une vertu.

Il n’avait rien perdu de la verve de ses trente ans. Il n’avait rien perdu de son amour pour le plaisir du sexe.

Il aimait les femmes. Toutes les femmes.
Il savait découvrir dans chaque femme ce qui pourrait le faire jouir, l’exciter.
Tout aurait semblé vulgaire s’il n’avait pas été cet homme raffiné.
Mais dans sa bouche tout sonnait juste. Tout était juste.
Il donnait envie de se soumettre autant que le dominer.
Il était le savant mélange de deux personnages du livre de Mirbeau imagée par Bunüel. Il était tout à la fois l’élégant bourgeois et pervers Rabour fétichiste des bottines de Célestine et tout autant l’impulsif Monsieur Monteil, en soif de sexe, trousseur de jupons.
Il était l’incarnation de ce monde qui me plaisait tant, un monde caché dans le secret des chambres à coucher.
J’avais envie d’être avec lui soubrette, femme de chambre ou femme du monde, esclave ou bien maitresse.
J’avais envie d’inventer avec lui le monde. Un monde dédié au plaisir.
Au plaisir du vice.
De le laisser me troubler.
Troubler ce qui était chez moi derrière la vertu.
La vicieuse que je pouvais être.
Une vicieuse des boudoirs.
Une vicieuse de l’intime.
Il réveillait en moi tous les jeux du désir.
Tous les fantasmes les plus inavoués.
Je me sentais Belle de Jour dans une chambre du Chabanais, avec lui.
Il avait quelque chose du magnétisme de Delon.
Quelque chose de félin.
Il donnait envie de danser devant lui
Devant son regard voyeur
Danser comme Jane dans le film de Clément
Devant le miroir sans tain des Félins.
Il donnait envie d’être une chatte langoureuse.
Le mot exciter prenait tous les sens avec lui.
Tous les pores de la peau.
Il donnait envie de lui montrer ce qu’on ne montre jamais.
L’exciter devenait l’essence de l’excitation.
Il avait soif.
On avait envie de lui donner à boire tout de suite.
Boire sa soif.
Pour laisser couler le désir dans la gorge.
Aucun homme ne connaissait mieux la jouissance d’une femme.
Pour connaître ce secret, il faut être dans l’autre.
Aimer infiniment le plaisir.
Aimer infiniment le sexe des femmes.
C’est le seul homme qui avait compris ce qui me semblait être une évidence
On ne fait jouir profondément que si l’on abandonne sa propre jouissance pour laisser la place à celle de l’autre.
Avec lui, je pouvais être celle que je suis quand je me caressais seule.
Je pouvais lui montrer ce à quoi je pensais.
Il savait à quoi je pensais.
Il savait dire avec les mots ce à quoi je pensais.
J’avais envie de tout lui montrer.
Mais avant même de lui montrer, il savait déjà tout.

Devant lui, je pouvais trouver du plaisir à montrer mon sexe ouvert
A le caresser devant lui
A le laisser me regarder
Je pouvais lui demander de me lécher jusqu’à plus soif
Je pouvais ne penser qu’à mon plaisir
Une chose m’étonnait néanmoins.
Il ne demandait jamais à être sucé
Comme tous les hommes que j’avais jusque là connu
Il ne demandait jamais à baiser

Son plaisir était ailleurs
Dans le plaisir des voyeurs

Son plaisir était dans le vice
Dans le plaisir des exhibitionnistes

Il aimait regarder les femmes assises dans les squares
Il aimait qu’elles le regardent se caresser
Il aimait qu’elles écartent leurs cuisses et laissent entrevoir ce qu’il ne pouvait qu’imaginer

Il aimait que je lui raconte des histoires d’adolescence
Lorsqu’un oncle me frôlait
ou qu’un autre me serrait dans un coin pour caresser mes seins
Il se caressait pendant que je lui racontais
Il aimait tout ce qui suggérait le sexe
Tout ce qui annonçait le désir
Il bandait à chaque récit

Il donnait envie d’être Colette,
Ecrivant les histoires de Claudine
Il aurait pu être Willy
Il en avait la culture et le talent

Le talent pour faire sortir de moi ce qui de la vertu devenait du vice

Il appelait
J’entendais sa voix
Et je devenais à l’instant l’objet de son vice
Je me sentais la plus désirée des femmes

Je résistais souvent
Je ne voulais pas lui obéir
Je ne voulais pas être la jeune fille dévergondée
Je ne voulais pas être la femme vicieuse qu’il imaginait
J’aimais l’intimité du boudoir
Je ne voulais pas qu’il me pousse à aimer être avec d’autres hommes
devant lui
Je me sentais mal souvent de cela
Je n’aimais pas qu’il se vexe
que je ne puisse répondre à ses désirs au moment où il en avait envie
Je n’aimais pas qu’il s’impatiente
que je ne sois pas disponible à l’heure et au jour dit


Rien ne l’importait tant que répondre à son désir
Et susciter le désir
Baigner dans la jouissance

Plus rien d’autre n’existait quand il appelait
Sa voix suscitait déjà en moi le meilleur des plaisirs
Le plus profond
Sa voix ouvrait mon sexe

Je n’ai jamais vu cet homme.
Je ne l’ai jamais touché.
Pourtant,
J’ai montré de ma jouissance ce que je n’ai jamais montré à personne d’autre.
Il m’a entendu jouir comme s’il m’avait vue.

Ce que Duras a dit un jour de l’écriture me semblait être la meilleure définition de ce qu’était cet homme.
Il y aurait une écriture du non-écrit. Un jour ça arrivera. Une écriture brève, sans grammaire, une écriture de mots seuls. Des mots sans grammaire de soutien. Egarés. Là, écrits. Et quittés aussitôt.


Il y aurait un désir du non-dit. Un jour ça arrivera. Une relation de désir brève, sans rencontre, un désir de mots seuls. Des mots sans grammaire de soutien. Egarés. Là, seulement dits dans des soupirs de plaisirs. Et quittés aussitôt.

Voilà ce qu’était cet homme.
Ce qu’on ne dit jamais.
Ce qui seulement se transmet dans le plaisir.

C’était l’amant rêvé.

Un homme qui se plaisait à découvrir des femmes pour pouvoir en rêver.
Et jouir.
Jouir et rêver.

Jouir et rêver de cet homme.
L’entendre et le laisser tout savoir de soi.

Jouir.
Raccrocher.
Epuisée.

Ecouter la treizième sonate en la majeur de Schubert.
Apaisée.

Penser au raffinement de cet homme
et savoir qu’on a dans le secret été avec lui la plus vicieuse des femmes.


Monday, October 28, 2013

Nouveau texte de Ann Aroïs : "Pourquoi"

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Tu me donnes beaucoup l’envie d’aimer.
extrait de « Hiroshima, mon amour » / Marguerite Duras


  

C’est ça l’écriture. C’est le train de l’écrit qui passe par votre corps. Le traverse. C’est de là qu’on part pour parler de ces émotions difficiles à dire, si étrangères et qui néanmoins, tout à coup, s’emparent de vous.
extrait de « Ecrire » / Marguerite Duras



-->

C’était à Versailles d’abord
Après Rameau
A l’Opéra Royal
C’était
Dans un décor de feutre rouge
Sous le doux miroitement des lustres
Un dîner
Sous la verrière 1900
De la Grande Cascade

Elle parle.
Doucement.
Il la regarde.
Sourit aussi.
Un sourire doux.
Il pose son regard dans ses yeux.
Verts.
Elle est elle.
Comme toujours avec lui.
Il reste silencieux.
Elle est gênée par son silence.
Il regarde ses yeux.
Il touche sa main.
Elle ne dit plus rien.
Elle glisse lentement sa main.
Il la retient.
Doucement.
Elle sent la chaleur de sa main sur la sienne.
Il dit tout bas et lentement
J’ai envie de vous.
Elle dit tremblante
Non.
Il dit
J’ai envie de toi.
Il ne l’a jamais tutoyé.
Il n’a pas le droit de la tutoyer.
C’est la règle.
Il caresse sa main.
Elle sent son cœur trembler.
Elle sent les larmes couler
Doucement
Sur ses joues.
Il essuie avec ses doigts les larmes.
Doucement.
Il dit
Pourquoi ?
Elle regarde ses yeux
Elle dit
Mon corps est si abîmé.
Il dit simplement et doucement
Non.
Elle répète
Mon corps est si abîmé.
Il sèche la larme qui coule.
Il dit que son corps est elle
Et qu’elle, elle est belle.
Il dit qu’il a envie d’elle.
Elle dit
Tu ne connais rien de mon corps.
Il dit
Je connais mieux que quiconque l’histoire de ton corps.

Elle sait.
Parce qu’elle lui a tout montré d’elle
Pendant ces années
Il l’a vue souffrir de ce corps
Il l’a vue retrouver le sourire à chaque petite victoire
Il dit
Je veux te voir jouir
Je veux jouir avec toi
Elle dit
Je ne montrerai jamais ce corps.
Après un tout petit silence, il parle.
Ce corps est ton histoire.
Il est toi et c’est de toi dont j’ai envie.
Pourquoi ?
Dit elle.
Parce que c’est toi.
Parce que j’ai eu envie de toi presque à chaque fois
Même si je n’en avais pas le droit.
Cette fois c’est moi qui s’ouvre à toi.

Je ne pourrais pas.
Avec toi.
Ni avec aucun autre.

C’est avec moi que tu le pourras.
Pas parce que c’est moi ou que c’est toi.
Simplement parce que j’ai envie de toi
Pour ce que tu es toi
Ton corps et toi
Laisse moi être dans toi
Moi qui connais tout de toi
Laisse moi te montrer qui tu es toi

Je ne suis ni Jung, ni Allendy,
Tu n’es ni Sabina Spielfrein, ni Anaïs Nin
Je suis moi
Tu es toi
Et parce que maintenant tu es encore plus toi
Alors je peux être vraiment moi
Et te redire combien j’ai envie de toi.
Ton corps n’est pas abîmé
Il est l’abîme d’une histoire
Mais il n’a rien enlevé de ta beauté
Ni de ce que tu es.
Dans l’abîme sans fond mon regard a plongé
A écrit Lamartine
Laisse moi écrire sur ta peau
Les baisers du plaisir
Pour que jamais ne s’abîme
Ce que tu suscites en moi
Le bonheur de t’aimer et de te désirer.

Monday, October 14, 2013

Wednesday, May 15, 2013


Au fond du jardin (partie 13 et fin...)


 
Philippe caressa mes jambes et s’allongea entre mes cuisses. Il approcha son visage et le posa sur mon sexe. Aucun homme n’avait pris ce plaisir non feint à respirer l’odeur de mon sexe. Il recommença ce même geste. Je me sentais plus nue que jamais.  Il remonta son corps, approcha son visage du mien et m’embrassa. J’ai dit « encore ».
Avec sa langue, il ouvrit les grandes lèvres. Il lécha mon sexe à grands coups de langue. Je sentais des frémissements courir le long de mes reins. Il tenait mes cuisses écartées, continuait à respirer mon sexe de plus en plus ouvert. Plus mon sexe s’ouvrait, plus il me respirait. Il fouilla ma chatte longtemps. Je jouis sous ses coups de langue.  A nouveau il remonta son corps sur le mien. Il suça mes tétons, prit dans ses mains épaisses mes seins, plongea son visage entre les deux. D’une main, il écarta un peu plus mes cuisses et caressa mon sexe de sa paume large. Il entra un doigt doucement. Je gémis. Il l’enfonça un peu plus puis le retira un peu et le rentra à nouveau. Je sentais mon sexe trempé sous ses mouvements. J’ai dit « entre un autre doigt ». Il entra un second doigt. J’ai dit « viens ». J’ai senti son sexe dur entre mes cuisses. Je l’ai senti rentrer en moi profondément. Au fonds de moi.
Il me lima avec ardeur. Je sentais toute sa force dans sa queue. Il jouit assez vite. J’en ressentais une certaine frustration. J’aurais aimé qu’il me lime encore. J’avais pris beaucoup de plaisir à être léchée, comme jamais je ne l’avais été jusque là.
Mais j’aimais finalement qu’il me baise ainsi, avec force et rapidité. Cela répondait aux fantasmes que j’avais eu lorsque Philippe m’avait évoqué l’amant de Lady Chatterley. J’aimais que cet homme proche de la nature me baise sans retenue. Il disait respirer mon sexe comme il aimait respirer la terre mouillée après la pluie dans la forêt.

Philippe est venu dans ma maison de Bretagne. Plusieurs matins.  J’avais pour habitude d’accueillir des amis. Tous dormaient à l’étage. Vers six heures, je quittais ma chambre du premier étage de la maison. J’ouvrais la porte-fenêtre de la chambre du rez-de-chaussée, vide, et faisait entrer Philippe. Je refermais doucement la porte de la chambre. Philippe m’embrassait. Je le laissais caresser mes fesses sous la soie. Je m’allongeais sur le lit, je le laissais écarter mes cuisses, respirer ma chatte. J’attendais ses coups de langue. Je savais que j’allais jouir sous sa langue. Il me fallait jouir en silence pour ne pas réveiller la maison. La frustration était grande mais l’excitation était si intense que je ne pouvais pas mettre en balance le danger d’être surprise avec le plaisir de ma jouissance. Philippe me pénétrait vite et très fort après m’avoir fait jouir.
Philippe repartait. Je l’embrassais, pieds nus sur la terrasse en bois devant la maison. Il partait un peu avant 7h. Il faisait encore frais dehors et j’aimais cette sensation. La rosée sur l’herbe, le calme du jardin, les premiers rayons sur les fleurs. L’odeur du jardin le matin.
Je regardais les arbres. J’allais chercher un gilet. Je restais sur la terrasse, assise, à respirer l’odeur du jardin frais.

J’attendais la venue de Philippe comme un rituel. Il nourrissait mon sexe comme il faisait pousser une plante. J’avais besoin de sa langue, de sa force, de ses coups de queue. Je me sentais apaisée lorsqu’il partait. J’écrivais la journée, préparait le déjeuner pour mes amis, les laissait aller à la plage. Lorsqu’ils partirent après trois jours, j’étais heureuse. Je savais que je pourrais jouir sans retenue, que je pourrais crier, gémir, sous les coups de langue de Philippe.

Le dernier jour avant que je ne reparte de la maison de Bretagne, un livreur vint m’apporter un bouquet de pivoines roses. Un mot accompagnait le bouquet. « Un jour, tu écriras un texte qui s’appellera Au fond du jardin. »

En ouvrant dans la bibliothèque le livre qui me donnerait le sens de ce message, je lus que la pivoine rose signifiait « je vous aime mais je suis trop timide pour vous l’exprimer ».

J’ai simplement envoyé un mot à Philippe.
« J’aurai pu appeler ce texte Conte d’été car pour la première fois j’ai écrit un texte envahi de décors et d’odeurs, j'ai écrit un texte qui ne me ressemble pas. A moins qu'il ne ressemble à mon jardin...
Le sexe est la racine, l’érotisme est la tige et l’amour est la fleur, a écrit Octavio Paz.
Je ne peux te donner le fruit.
Il faut simplement garder en toi comme je garde en moi au fonds de mon jardin secret le souvenir du plaisir, comme on garde le souvenir d’un parfum.»

Tuesday, January 01, 2013

Nouvelle année 2013


Ann Aroïs vous souhaite une année 2013 pleine de secrets...

Tuesday, July 31, 2012

Entracte

Feuilleton suspendu... Ann Aroïs souffrante... Patience... Merci...

Saturday, July 14, 2012

Au fond du jardin (partie 12)


Je connaissais l’Abbaye des Vaux de Cernay, lieu majestueux au cœur de la forêt de Rambouillet.
Je donnais à Philippe mon accord pour cette rencontre le jour dit. Je ne me lassais pas de regarder ce bouquet.
Les courriels de Philippe suggéraient son goût pour la symbolique des fleurs. Mon dictionnaire des symboles indiquait que l’anthurium rouge était un signe d’invitation à l’amour, de fougue sensuelle. Quant à l’arum rouge, l’offrir signifiait à son destinataire le désir ardent d’une relation d’amour charnel.  L’entrelacement des fleurs dans le bouquet me fit penser que Philippe n’avait pas choisi au hasard ces fleurs et cela me plaisait mais m’angoissait tout autant.
Comment était Philippe ? Etait ce prudent d’aller à ce rendez-vous ? Quelque chose me poussait vers cet homme. J’avais envie de savoir qui se cachait derrière ces mots, ces conseils botaniques, ces allusions, ces messages, ces fleurs.
J’avais envie de cet homme. Sans même le connaître.

Le vendredi, un peu avant 20h, j’entrais dans le parc de l’Abbaye. La vision était éblouissante. Le lac paisible, l’herbe verte, la forêt tout autour,  le pavillon chinois rouge au bord du lac, l’abbaye merveilleuse devenu aujourd’hui un hôtel luxueux.
Je traversais un long couloir de boiseries avant d’entrer dans le grand salon. Près de l’immense cheminée, assis dans un canapé rouge passion, je vis un homme et su tout de suite que c’était lui. A sa façon de me regarder. Il se leva, s’approcha et m’invita à venir s’asseoir. Il était massif, les cheveux blonds, des yeux bleu ciel, une peau matifiée par le soleil. Je remarquais son large sourire, ses mains épaisses. Je réfléchis à l’âge qu’il pouvait avoir. Quarante ans, peut être un peu moins. Peut être un peu plus. Je ne l’avais pas imaginé comme cela.
Je lui trouvais beaucoup de charme. Je lui proposais d’aller boire un verre dehors, sur la terrasse, près des vieilles pierres. Nous parlâmes pendant plusieurs heures. De son métier de botaniste. Il effectuait une mission pour un parc botanique de Bretagne afin de rescencer de nouvelles plantes venues d’autres pays et pouvant s’acclimater au climat breton. Je compris alors pourquoi il m’avait aperçu le jour où j’étais allée chercher mes fleurs. Le parc pour lequel il intervenait était un de ceux que j’avais visité. David travaillait lui aussi pour ce même parc. Il me raconta avoir lu mes écrits et avoir eu envie de créer une rencontre qui soit à la hauteur de celle de Jacob. Nous marchâmes le long de l’abbatiale.
Je lui dis avoir apprécié ses métaphores jardinières. Il me répondit qu’il avait envie de connaître mon jardin secret, le plus intime, de sentir son parfum… J’avais envie de cet homme.
De plus en plus envie. Il n’était pas vraiment beau. Pas vraiment attirant mais j’avais envie de lui. Il me demanda maladroitement si j’avais envie de rester cette nuit avec lui dans une chambre. Je lui dis oui.
Il ne m’embrassa pas.
Nous sommes rentrés dans le hall et avons pris l’ascenseur jusqu’au dernier étage. Il ne parlait pas. Moi non plus. Au fonds du couloir, il ouvrit la porte de la Chambre Rotschild. Une suite donnant sur le parc, avec une fenêtre en œil de bœuf près d’un petit salon art déco. Le lit immense avait été ouvert par la femme de chambre. Les lumières des chevets étaient allumées.
Je posais mon sac. J’aperçus la fresque en mosaïque de la salle de bains, ses boiseries et les deux peignoirs blancs posés près de la fenêtre. Philippe est allé entrouvrir la fenêtre, tira le rideau, ce qui assombrit légèrement la pièce. Il éteigna une des des lampes puis s’approcha de moi. Je le laissais faire. Il se déshabilla devant moi dans le silence. Je ne bougeais pas et le regardais. Il avait un torse carré et massif. Des cuisses larges.
Son sexe était large, déjà dur. J’avais envie de me laisser faire.
Il s’approcha de moi, écarta les épaules de ma robe, sortit mes bras des manches, puis fit glisser ma robe le long de mes cuisses. Il dégrafa mon soutien gorge et baissa doucement la culotte que je portais. Je le laissais faire. Il se colla à moi. Je sentis ses mains autour de ma taille. Il me dit simplement au creux de l’oreille « je veux plonger entre tes cuisses, respirer ton odeur, te sentir, te ressentir ».  Je m’allongeais sur le grand lit, au milieu. Philippe ne m’embrassa pas. Je ne fis rien de cela moi non plus. J’écartais simplement les cuisses et lui dis « viens ».

Wednesday, July 11, 2012

Au fond du jardin (partie 11)


Ann
Actuellement, j’ai une envie irrésistible de promener mon ver dans un ruisseau pour qu'une truite le gobe.
Savez vous que l'on peut lire une rivière, deviner où se cachent les belles. D'une touche électrique, quasi jouissive, certaines avalent goulument l ‘appât, d autres timidement par petits coups. Je prends ma gaule et vais de ce pas vers le ruisseau, vous abandonnant lâchement pour mon plaisir.
J'aurai plus de temps à vous consacrer dans une semaine.
Je dois partir à Courson en vue de la préparation de la journée des plantes.
Philippe


Philippe,
Je dois partir quelques jours à Paris pour mon travail. Je vous attends donc à mon retour.
Ann

Un homme frappa à ma porte le lendemain matin. C’était un livreur, il apporta un bouquet d’anthuriums rouges et d’arums rouges entrelacés de feuillages abondants verts.
Une carte accompagnait le bouquet.
« Lady,
Si ce n’est en Bretagne, voyons nous ailleurs… Nous ne serons pas si loin… Abbaye des Vaux de Cernay – vendredi - 20h dans le Grand Salon –  Voulez vous ?
 Votre jardinier
Philippe ».

Tuesday, July 10, 2012

Au fond du jardin (partie 10)


Philippe,
A vous lire, c’est une digitale rouge qu’il me faudrait vous offrir. N’est ce pas la fleur qui crie le désir charnel ardent ? 
Ou peut être un iris ? car vous enchantez mes jours mais je rêve, je vous avoue, que vous enchantiez mes nuits.
Vous voyez, moi aussi, je jouis du langage des fleurs. Quand viendrez vous donc vous montrer dans mon jardin ?
Ann, qui n’en puis plus de ne pas vous connaître.


Silence à nouveau.


Monsieur,
Je ne sais si votre silence doit m’irriter ou m’émouvoir.
J’ai acheté toutes ces plantes au moment même où vous abandonnez mon jardin  me semble t’il. 
Il me serait bien agréable que vous mettiez à ma disposition David ou un autre jardinier, puisque vous ne daignez pas venir vous même afin de planter comme il faut ces fleurs en pots qui ne demandent qu’à intégrer la terre.
Que dois je comprendre à votre silence ?
Dois je y voir une signification balzacienne ? Allez vous m’envoyer un lys ? Etes vous donc Felix de Vandenesse et moi la Comtesse de Mortsauf ?
Votre Lady, quelque peu impatiente. 


Lady,
Pour mettre la plante en terre, il faut que le trou qui la recevra soit bien humide, n’oubliez pas cela. 
Votre jardinier


Monsieur,
Arrosez, arrosez… pour que cela soit humide…
Votre Lady


Bonsoir Lady,
Durant la nuit, comme l'ouverture de la pêche approche, je vais entreprendre l'inventaire des zones humides.
Si durant votre sommeil vous ressentez des frémissements, ce n'est que moi qui suis en train de passer.
Il est même possible que je vérifie l’humidité en y entrant un doigt, voire ma gaule.
Votre jardinier


Monsieur,
Vous avez un sixième sens, celui de savoir ce qui me plait.
Car en effet, qu'on me réveille la nuit par quelques caresses bien choisies est une chose que j'adore. Il ne faut pas longtemps pour me convaincre d'écarter un peu plus les cuisses.
Pour y laisser entrer un doigt, voire deux.
Et lorsque l’humidité laissera trace sur votre peau, ce qui viendra assez vite sous des doigts d'experts, c'est avec une envie non dissimulée que j'en appellerai à votre queue.
Apprendre les sciences de la nature avec vous, jardinage ou pêche, est un pur délice.
Je ne me suis jamais sentie aussi proche de la nature.
Ann

Monday, July 09, 2012

Au fond du jardin (partie 9)


Ce petit jeu m’excitait tout autant qu’il commençait à m’irriter. Je décidais de prendre les choses en main et d’aller visiter quelques pépinières afin de glaner moi-même quelques plantes et quelques conseils.
Je visitais plusieurs pépinières de la région environnante.
Agapanthes ; plumbagos, géranium vivace rozanne, j'achetais un ensemble de fleurs aux nuances bleues pour donner de la couleur au premier plan de la terrasse.
En vis-à-vis du massif d’hortensias rose et violet, voilà qui me semblait tout à fait bien. La glycine à gauche fleurira d’avril à juin et dialoguera ainsi avec le plumbago en fleurs lui aussi à cette période.

« Lady,
 Vous avez choisi les plantes adéquates mais vous auriez dû prendre un solanum jasminoïde pour faire courir sur le mur de votre maison, tout près de votre terrasse. Le parfum du jasmin, dit on est le parfum des rois. Celui de la rose, le parfum des bien-aimés. Vous étiez ravissante avec votre robe blanche. Et si j’osais, je vous dirais qu’il me plairait de sentir le parfum de votre propre jardin, le plus intime. Les jardins persans étaient toujours ceints de murs pour que l’intimité soit protégée. J’aimerai écarter les murs de la vôtre.
J’aimerai entrer dans le bleu de vos fleurs car entrer dans le bleu, c’est un peu comme Alice au Pays des Merveilles, passer de l’autre côté du miroir. Quand un gentilhomme offrait une clématite bleue à une dame c’est qu’il exprimait son désir, lui disant autrement « j’espère vous toucher ».
Les égyptiens avaient eux aussi le goût des jardins, avec des massifs fleuris et des bassins. Ils en dessinaient sur les murs et sur le sol de leur palais. Chaque fleur avait son langage.
Pardonnez mon audace.
C’est peut être que j’ai trop abusé des baies de mandragore, Pommes du Diable ou Pommes d’Amour, selon les croyances, qui provoquent un sommeil plein de rêves. Des rêves érotiques.
Philippe, votre jardinier »


David n’était donc pas Philippe. Je n’avais vu David dans aucun des endroits où j’étais allée. J’avais visité quatre pépinières, de Saint-Yvi à Combrit, en passant par Fouesnant et Riec-sur-Belon. Impossible de savoir où était Philippe puisque manifestement il m’avait vue.